Vivre.sa.vie

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Lundi 22 juin 2020 à 22:05

 
Je me suis mis une musique un peu joyeuse pour écrire sans penser. Le soir ça devient sombre et je retombe dans le fossé. Incapable de continuer à me mentir ou sentir un souffle d’envie aveuglé par la lumière du jour. Bref. Petit être. Cancer, ça y est l’officialisation est faite. J’ai eu du mal à supporter celui de mon chef de chantier. Je tournais la tête de l’autre côté, navigant sur une route parallèle. Je pourrai monter le son, me forcer à ne plus y penser. Me noyer de bruits, l’esprit occupé. Cette fois c’est lui. Chacun son tour. Mon collègue, lui, est parti. Et toi, qui m’a fait tant de mal, sans trop le vouloir peut être, tu es seul maintenant. Et moi je suis si mal. On est loin. Tu n’es pas venu. Est ce que tu auras un jour l’occasion de voir où j’habite ? Je voulais te montrer mes montagnes, même de loin. Je n’arrive même plus à me dire que ça ne t’intéresse pas. Tu as une petite fille. Tu ne me demandes jamais de photo. C’est assez surréaliste. Je suis incapable de le comprendre. Elle grandit. Sans toi. Tout le monde avait peur de toi ou presque. Maintenant tu es seul. Ou plutôt, mal accompagné. Ta vie est ailleurs, tu l’as choisi. Qui s’en voudra ? Qui se posera des questions ? Qui en souffrira ?

Je pensais être plus fort que ça. Que le souffle coupé était derrière maintenant. Mais ça ne s’arrête jamais. Je dois rester fort. Parfois je le suis, je me détache, parfois je flanche. Je ne peux pas m’empêcher de penser à quel point tu dois être mal ce soir. Rester fort.


 

Samedi 20 juin 2020 à 22:43

 

Chaque jour de travail je regarde par ma fenêtre et j’ai cette montagne en face, juste à côté. Ce n’est pas la plus belle mais elle dépasse les deux mille. Aujourd’hui j’ai décidé d’y aller, il était temps, avant de l’appeler suite à ses examens.

 

Rien est clair c’est énervant. C’est tout lui. On ne saura pas. Cancer. Il a prononcé le mot. Qu’est ce que je fais moi là dedans ? Ça me fait de la peine de le savoir à bout. C’est normal. Je ne sais pas comment réagir face à tout ça. Il n’a même pas dit ce que j’avais, comme si je ne comptais pas. Je lui ai dit, il a eu plusieurs chances de le faire mais il ne l’a jamais dit. On sera passé à côté de tellement de choses. Tout m’a montré que je n’y étais pour rien. 

Demain on fait quoi, je te souhaite une bonne fête ?

 

La vie s’écoule. 

Est ce à cause de ça que j’avais du mal à respirer aujourd’hui, peut être. Pour gravir des montagnes il y a du monde, mais pour gérer tout ça, ça semble plus compliqué. Si j’ai peur ? Je suis un homme.

 

Avant ça. Est ce que tu te laisses approcher ? J’ai eu droit à un vrai sourire tout à l’heure au retour. Elle avait pas l’air bien quand je l’ai croisée à l’aller. Éphémère. J’étais content qu’elle me sourit et que son visage s’exprime. Mais mon corps dévalait le sentier en pente. Je me suis enfuis. Je ne comprends pas tout ça. Alors j’avance sans savoir. Au moins elle a sourit. 

 

J’ai la chance de croiser des personnes seules qui montrent qu’elles veulent discuter. Trop d’honneur. J’aimerai bien discuter moi. Mais je suis pas bon pour parler longtemps. Mes mots invitent à la fuite. Aux sourires respectueux et sincères. Mais à la fuite.

 

Bon. Trop de tout. 

On fait quoi maintenant ?

 

Les touristes payent des fortunes pour passer quelques jours là où j’habite. 

Des fortunes pour ne même pas voir ce qu’il y a de plus beau. La montagne sauvage, silencieuse, orange. 

Ce sont tous les mêmes. 

Ils sont sans doute plus heureux que moi et pourtant je les plains. Mais vraiment.

 

La mer je la vis de la même façon. 

Qu’est ce que j’aimerai retourner ce jour où je suis monté je ne sais plus où avant de redescendre jusqu’à la mer. A la mer avec mes bâtons de trail. Et cette dame qui était venue me parler. Elle n’avait rien de fou à raconter et je la trouvais trop intéressante. Je me suis enfuis moins rapidement que d’habitude. 

Nous étions dans cette crique de textile et je ne savais plus trop comment ça marchait. Elle est partie se baigner avec son gros maillot de bain bleu nuit une pièce. J’avais l’impression qu’elle n’avait rien à faire la, qu’elle s’était perdue, elle aussi. Je n’ai pas touché l’eau, pourtant j’en aurait rêvé de me baigner. Mais après une sortie longue on ne se baigne bien que nu. On jette ses vêtements sur les plages et criques désertes, transpirant, sale, et on rentre dans cette eau libératrice. C’est ça Vivre. C’est le seul instant présent que j’arrive à vivre. Il n’y a rien à faire. Se laisser faire. Se laisser couler dans  le bonheur. Lavé de tout le quotidien, son lot d’incompréhensions et de questions. Se laisser vivre. L’eau salée sur la peau. Plus rien ne compte. 

 

Je ne connais ni la montagne ni la mer qu’ils fréquentent. Je ne me souviens plus comment je le vivais avant. C’est normal j’ai toujours fait table rase du passé. Ou presque. Je n’ai gardé que mes fugues au delà des frontières. Je ne sais pas ce que sont les zones fréquentées. Les périodes de chassés croisés. La mer et la montagne ailleurs. Sauvages. Je ne parle pas des villes, je n’y vais plus. J’ai pris l’habitude de partir quand tout le monde rentrait. Le problème c’est que plus je m’éloigne moins je veux revenir. Je suis à l’écart. Là où tout est plus beau. Et j’veux pas rentrer. 

 

Samedi 13 juin 2020 à 22:59

 

 Il y a 4 mois j’ai mis le siège auto à l’arrière de la golf. 

J’avais prévu d’écrire un jour à ce sujet, puis les jours passent, on dirait.

Pas à l’arrière de la noire, c’en est une autre. 

Ça paraît rose dit comme ça. 

Si seulement tout l’était. 

Quand on court on peut croiser quelqu’un qui va plus vite que nous, on peut se sentir bête. Ou doubler à toute vitesse quelqu’un qui se traîne au contraire. Le truc, c’est qu’on ne sait pas d’où il vient comme il ne sait pas d’où tu viens. 

On ne court pas dix kilomètres comme on en court trente et plus. 

Les apparences sont parfois trompeuses. 

 

Aujourd’hui c’est le vide, les pages sont blanches. Comme ici. C’est terriblement vide. Les rues sont désertes. Il fût un temps où il y avait un peu de vie par ici. Des histoires, des textes, des personnes qui existent vraiment. 

Je l’ai déjà dit mais cette virtualité a ses avantages. Les réseaux sociaux. Ça permet de ne pas tricher, pas trop. Tu viens comme tu es et ceux qui ne sont pas contents vont voir ailleurs. Je n’ai jamais rien fait pour attirer les gens. Les hashtag me donneraient presque des boutons. À contre sens là aussi. À contre courant. La masse. 

C’est Juliette qui disait « j’aime pas beaucoup les gens, individuellement y’en a plein qui sont chiants ». Je viens de voir que c’est une chanson. Horrible soit dit en passant. J’ai jamais trop compris cette phrase, je pense tout l’inverse.

L’effet de masse. 

Individuellement tout le monde a son histoire, ses blessures, ses rêves, ses leçons de vie, son vécu. Mais quand les gens se rassemblent que reste t-il ? J’en sais rien, pas grand chose on dirait. Se dire des banalités, se sourire, se mentir un peu. Ils disent que c’est ça la vie. 

C’est sûr. Autant se sourire. 

Il y a toujours des gens qui sortent du lot. Qui entrent dans votre vie par la petite ou la grande porte. Ce sont les étoiles qui brillent dans le ciel. 

Je m’en fous, je me fous de tout ou presque. A l’intérieur surtout. Je me foutais des profs, de leurs notes, de leurs interros surprises. Je lui aurait fait bouffer sa feuille à ce con. 

La prof de philo elle, était bonne. Mon dieu j’ai pas écrit cette salissure ? Je ne sais pas ce qu’elle faisait là à ce genre de poste, si jeune, si belle. A ma façon hein. Si, elle avait de belles fesses. Ça n’avait échappé à personne. Elle savait les mettre en valeur dans des jeans trop serrés. Elle avait aussi un joli avant bras. Et des bracelets en argent je crois. Mais au delà de ses fesses elle avait surtout sa philosophie dans le fond du regard. J’étais trop aveuglé pour me heurter à cet espèce de non sens. Je pensais que la philosophie c’était une sorte de liberté. Mais elle nous apprenait à structurer nos textes. Finir par les questions etc. Mince. La liberté de penser par soi même menottée. Ça restait toujours plus intéressant que les maths. La prof de maths était vieille, comme toutes les profs de maths. 

Les rochers étaient glissants ce matin. Je me suis retrouvé seul, au milieu de rien pour certains, de tout. Je savais que ce serait une journée vide. Pourtant dedans c’est toujours vivant. J’ai galopé dans la neige. Elle tombe à la fin de l’automne, douce et délicieuse, mais elle vieilli mal quand revient l’été. J’aimerai être vivant. Tout entier et toute entière. De rochers et de mer. Il fait froid. J’aurai voulu la regarder à l’horizontale, allongé, le sol bouillonnant. J’aurai voulu me taire, toucher, lentement, pour suspendre la vie du bout des doigts. Parcourir ce qu’il reste de temps, celui qui s’écoule et qui nous éloignera dans un arrachement sans détour. J’aurai voulu ne plus laisser aucune feuille blanche, que chaque jour soit rempli de partitions. De basses en battements, de vagues en tourments, de clapotis innocents. Je suis attiré sur la plage interdite. Je pourrais m’y allonger quelques secondes ou plus, m’offrir une liberté, celle de pouvoir penser. Face au ciel et à cette immensité qui nous dépasse, face au temps qui passe, qui nous efface. Vivre mes rêves avant de me réveiller. 

Voir dans tes yeux le ciel qui s’exprime et les étoiles qui scintillent. Seul, face à toi, au bord du vide.

Samedi 6 juin 2020 à 23:21

 

Il n’y a plus beaucoup d’encre à mon stylo.

 

Je me suis autoproclamé hypersensible il y a quelques semaines. Ça m’a apporté des réponses à certaines de mes questions. Seulement il parait qu’on est vingt pourcent. Et si je coche toutes les cases, je ressens davantage de choses, comme l’impression d’être au delà. Il doit y avoir d’autres étiquettes à coller, qui ne serviront à rien d’autre qu’à comprendre. Je me suis rangé au sens positif du terme et si avant ce n’était que se laisser submerger par ses émotions, aujourd’hui c’est un sixième sens.

C’est beau et rassurant. 

 

N’empêche que ça ne sert à rien les jours de pluie. Seul dans son lit. 

J’écoute des chansons en attendant que le temps passe. Je réfléchis à ce que je ressens, à mes envies et mes manques. 

Mille neuf cent mètres c’était beau. C’était simple. Il y avait aussi le bruit du vent qui caressait les crêtes. Je me suis assis sur un gros cailloux et j’ai parlé à un bouquetin qui traînait là. Je lui ai dit que le préfet voulait le tuer. Il s’en foutait, il continuait de manger. Il n’y avait plus que le bruit de l’herbe qui s’écrasait dans sa bouche. On s’est apprivoisés. Puis j’ai eu froid, j’ai dû le quitter avec regrets. 

Triste vie.

 

J’ai couru sans trop savoir où j’allais. J’étais au milieu des vaches avec leurs énormes cloches, les chèvres, puis le chamois, une marmotte sur un rocher, mais le bouquetin est au dessus de tout. Le bouquetin c’est mon ami, il est gentil. Ils veulent les tuer parce que certains ont peut être une maladie transmissible aux troupeaux puis à l’homme via le reblochon qu’ils produisent dans le coin. Avoir le droit de vie ou de mort sur un animal, qui n’est peut être même pas malade, me tue. Ce gros sac de préfet lui il s’en fout. Il va pas en montagne, il ne les croise pas tous les jours. Il ne leur parle pas. Non, il les tue. Enfin il les fait tuer. Pour l’économie de la vallée, pour quelques euros. L’homme est une sous merde. 

Comme tous ces pro chasseurs écervelés qui croient qu’il faut réguler la faune en tuant à tout va. Comme si la planète avait attendue l’homme pour se réguler. 

 

De toute façon je ne suis pas compatible. Je ne suis pas compatible avec la masse, le rond qui rentre pas dans le carré quoi.

 

Je laisse passer ma vie. Alors qu’il y a de si belles choses à vivre. Quand on est excentré on regarde les autres faire. On les envie, on les critique, on oublie de vivre. Vivre avec quoi, avec qui. 

Comme si j’étais seul. 

 

J’écoute des chansons en attendant que le temps passe. La journée je vis. Plein de choses, comme tout le monde. En vrai, ou dans mes pensées, mais je vis.

Le soir j’oublie.

 

Mardi 2 juin 2020 à 23:02

Ce moment où tu rentres nu dans des draps propres.
Seul.

J’avais envie de courir. J’étais bien. J’avais chaud.
Les gens me fascinent. Enfin les gentils. Ou les femmes.
J'éprouve un réel plaisir à voir ce que le corps raconte. Les moindres gestes. Tout. Je n’y peux rien je suis constitué ainsi. Je ne suis pas du tout physionomiste, je dis bonjour aux gens plusieurs fois sans les reconnaître. Il faut dire que parfois je ne les regarde pas. Je les sens. Je les devine, je les lis. J’écris leurs histoires.
Leurs histoires. Parfois insipides.
Je suis un enfant. Je m’imagine bêtement des histoires incroyables, je vois de la magie ou il n’y en a pas.
Les gens me fascinent. Cinq minutes. Après je fuis. Je ne veux pas voir la suite.

J’ai besoin de croire qu’elles existent. Que t’existe.
Personne n’aime voir le feu s’éteindre.
Le sourire cloué sur mon visage. Cinq minutes. Puis vient la déception du cadeau de noël dont on ne voulait pas.
Déception en déception.
Je bois les micros gestes. Je les subis. Je vois tout sans regarder. Tu comprends ?
Puis je rentre chez moi. La vie en société n’est pas faite pour moi. La ville, les gens, leurs pensées m’agressent. Trop d’informations.
Enfant fragile. Je m’ennuie.
Ma magie je la crée tout seul. Je me dis que je ne suis peut être pas seul.
Les gens ont tendance à faire de longues phrases, ils cherchent des mots. Mais il ne suffit pas de les trouver. Qui sait, il y a peut être différentes façons de s’exprimer. Te toucher.
Il faut les laisser parler, perdre du temps. Mais pas tant que ça. Car si l’histoire est écrite, pendant ce temps je regarde ce qui émane. Ce que le corps raconte. J’aime le ressentir. Comme une curiosité.

J’ai couru, tête baissée. 
J’ai senti les quelques personnes parfois, à côté. J’ai rien demandé.
Je n’ai pas voulu ressentir autant.
Je ne l’ai jamais voulu. Je subis. Je m’ennuie. 

Je n’aime pas les gens. Une fois que la magie est épuisée, que le corps a parlé, que reste t-il ?
Je fuis, fatigué. La nature, elle, ne parle pas. Mais elle raconte aussi. Il n’y a pas de pensées secrètes, pas de non dit.
Elle te fait face, se met à nue. 

Comme toi. 

 

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