C'est le temps qu'il me manque, comme toujours. 
Car je le consacre à 80% au travail, à 10% aux taches ménagères et à 10% au trail.
Je ne compte pas les heures à dormir qui ne servent à rien ou presque. Rêver. Rêver ? Rêver. Bon, soit. Est ce que c'est utile ? Est ce que ça apporte quelque chose à notre vie ? Est ce que tout ce temps à rêver suffirait à dire que ça valait le coup d'avoir vécu ? Je ne sais pas.
Quand je cours je pense beaucoup. Mais quand même beaucoup moins qu'avant. Je ne me torture plus l'esprit aux questions inutiles. J'avance, concentré, à essayer d'améliorer ma foulée, ma posture. J'essaye de progresser. Mais pour l'instant je n'y arrive pas. Ca ne va pas assez vite. Et la vitesse engendre la blessure. Mais tu sais quoi ?
Tu t'en fiche ? Je vais quand même te dire un secret. C'est un truc bête mais important, qu'on ne dit pas comme ça, à l'oral. Je me confie à toi, voilà, j'aime le trail. J'en suis amoureux. Amoureux de la nature, du corps qui la parcours à toute vitesse, ou pas. Amoureux de ces gens dans l'effort aussi. Amoureux de ces courses remplies de partage, de sourires. C'est niais, mais c'est vrai. On souffre mais on souffre ensemble. On s'entraide et on passe la ligne, ensemble. On écoute les autres à côté, qui se racontent leurs exploits, leurs victoires, leurs histoires. Les derniers mètres avec la femme, avec les enfants, des tapes dans les mains des amis, tout ça. Oh non je n'irai pas le divulguer. Pourvu que cette discipline reste longtemps ainsi. Pleine de partages et de gens simples, souriants. J'admire les "élites" presque autant que je ne sais quel groupie à un concert. Des personnes qui n'ont rien à gagner au bout, qui ont leur travail à reprendre le lundi. C'est peut être ça la force des courses. Il n'y a pas de question d'argent. Pas de lutte de ce fait. Juste une bagarre amicale et pleine de respect. 
J'ai plein de choses à écrire mais je n'ai pas le temps. Pas le temps de prendre le temps. Pour moi. Pour d'autres. 
Il faut finir d'étendre le linge. Mince, le repas n'est pas lancé. Quoi ? Les couverts de midi même pas débarassés. Courir, courir, pour qu'ils gagnent de l'argent. Se dépêcher, réunions, tout ça. Déplacements, à pas d'heure, encore. Pour zéro. Pour qui ? Certainement pas pour moi. Vite. Mails. Mails ? Mails. Des dizaines, des milliers, pour rentrer l'argent. L'argent. Encore l'argent. Ils semblent aimer le faire rentrer dans la poche des autres. Et pour faire quoi ? Aveuglés.
Moi je veux marcher dans les montagnes. Oui, comme d'habitude. Je n'ai pas évolué. Qu'est ce que t'attends ? Ben oui, les phrases sont belles et les promesses omniprésentes. Je veux marcher dans les montagnes. Seul. A deux. A quatre, cinq, on s'en fout. Arrêter de subir et suspendre le temps. Le temps d'un temps. Le temps de vivre. 
Arrête de te plaindre. Pas social. Timide. Timide ? Ils disent, et savent mieux que les autres. Ils savent ce qu'est la vie, ce qu'est un demi, un cul, des sorties. Et ? Et rien, je ne sais pas. Je ne sais pas où ça nous mène. Est ce qu'on vit mieux à manger bio ? Les animaux vivent mieux à manger végé. Est ce qu'on vit mieux à fumer et boire ? Je ne sais pas. J'ai besoin de vivre sain. Dans le doute. Eux, ils ne veulent pas les tuer. Mais ils les mangent. Parce que dans l'assiette ils ne sont pas vivants. Surprotéinés.
J'espère voir un chamois dans la montagne. Il y en a plein qui en voient. J'ai peur que la mer de glace disparaisse à jamais. Je pourrais pleurer tu sais ? Un de ces soirs, seul dans un coin à y penser. Juste une larme. J'ai ma fierté. Même si elle ne sert à rien. 
Dix neuf heure trente sept, vite, dépêche. On pourrait rajouter "putain". Dépêche putain. Qu'est ce que c'est moche. Mais c'est toi. C'est moi, et tous. Vite. Magne. Les secondes passent, il faut gérer le temps. Gérer ? Oui, les priorités. Professionnelles. Agenda, rendez vous, trucs qu'on veut pas faire. Stop. Vite. Nan stop. Stop, vraiment. Je veux quitter mon jean qui me sert le ventre, je veux mettre mes pieds nus sur l'herbe verte au pied du Ventoux. Dire stop et écouter le vent dans les sapins. Prendre le temps. Le temps d'une photo. Le temps de mettre des chaussures et partir en courant.
Mince, je dois y aller. Putain. Ca me saoule. J'avais besoin de ça tu comprends ???? J'ai besoin d'écrire, de sentir le vent, la sueur, les aliments, les cailloux, le soleil, ne faire qu'un avec tout ca, là, qui m'entoure et qui me fuis. J'avais besoin de ça ! J'avais besoin d'écrire. Je n'ai pas le temps. Ils me l'arrachent,m'en privent et m'en Terre gentiment.